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vendredi 10 février 2012

La belle histoire

J'avais enregistré ce film à Montréal alors qu'il passait à la télévision, sur la recommandation de mon beau-frère qui avait adoré. 

Comme il dure 3:30, j'avais attendu d'être libre toute une soirée afin de bien en profiter, et mon premier contact avec ce film magnifique a scellé une espèce de tradition... 

En effet, pas une année ne passait sans que je le déguste encore une fois... Un besoin se faisait soudainement en moi, un irrépressible sentiment d'urgence... je devais au plus vite visionner La belle histoire...

Jamais je ne me suis fatiguée, lassée... J'ai toujours profité de chaque moment de subtilité, de beauté contenus dans cette oeuvre et les frissons accompagnant chaque visionnement n'ont jamais fait défaut...

Au moment où j'ai quitté le Québec, j'ai bien sûr laissé la vieille cassette VHS derrière moi et il s'est passé 10 ans sans que je puisse revoir mon film fétiche qui m'a grandement manqué.

Je l'ai emprunté à la médiathèque... et mercredi soir, lors d'une soirée dédiée solennellement à La belle histoire, Alex et moi nous sommes replongés dans cette atmosphère magique. 

Et malgré tous les visionnements, toutes les fois où ce rituel avait été accompli, j'ai encore pu dénicher de légers détails que je n'avais jamais pu remarquer. 

Et je sais que ce n'était pas la dernière fois...

dimanche 5 février 2012

Cher papa...

On est sortis au restau en famille, hier soir, et on a trinqué au gin-tonic à ta mémoire, en souvenir de celui que tu étais lors de tes visites en Alsace; c'est l'ancien journaliste aux centaines d'anecdotes, celui qui nous préparait des côtelettes d'agneau et des cailles aux pommes, celui avec qui on passait de mémorables soirées que je tiens à garder là, bien au chaud dans cette partie de mon cerveau où se collectionnent les précieuses réminiscences de ce qui est révolu.

C'est à toi que je dois ce futur permis de conduire. Je t'en remercie, d'autant plus que je sais que si tu avais été là pour me conseiller, c'est ce que tu aurais voulu.

Ton souvenir est une grande motivation pour moi. Je pense beaucoup à toi en ce moment, et pourtant je vois que ma tristesse a évolué vers un autre sentiment, tellement plus positif. 

En grande partie parce que j'ai l'impression qu'en ce moment, si tu me voyais... tu serais fier de moi!!!


Merci!!

vendredi 20 janvier 2012

Un moment de calme

Confortablement installée sur le moelleux d'un lit, tête appuyée contre un oreiller de plumes, café chaud... les pensées s'envolent d'elles-mêmes, se faufilant parmi des souvenirs phares et retrouvant, repêchant à grands coups de moulinet, les détails, personnages et autres réminiscences d'un passé, des multiples versions de soi-même ayant tour à tour parcouru les méandres de ce monde.

Un appartement près du Jardin Botanique, promenades durant les longs après-midis ensoleillés et doux, inspirant les différents parfums composant cette nature variée et magnifique, inhalant la terre humide avec le même plaisir que les arômes capiteux de ces fleurs dont la profusion n'altère en rien le bon goût et la magie des lieux.

Un chalet près d'un lac, une plage de sable et des courses folles... un feu dans la forêt, discret, bravant l'interdiction parentale, et des dizaines de guimauves embrochées, à moitié calcinées, suintant d'une pâte blanche épaisse et coulante, sucrée à souhait et dont la saveur se mêlait agréablement avec le goût de la croûte brûlée...


Chahuts et provocations dans de petits restaus, disputes et revanches, lancers de saucisses et frondes adolescentes... terrorisme au juke-box et rires niais... gloussements de jeunes dindes en rébellion contre un monde qui ne tarderait pas à les assagir.


Soirées entre amis, longues dégustations de repas communautaires, petites et grandes cuites, jeux interminables, organisations un peu folles, souvent délectables, parfois un peu trop... folies, démesures et plaisirs, sorties, danses et musique, percings et amitiés fortes, expériences colorées et rigolotes...

On oublie, on relègue dans un passé-coffre dont on ferme la serrure à double tour... et c'est lorsqu'un déjà-vu, une odeur, un son... voire la vue d'une couleur ou d'une ondulation fait remonter un souvenir à la surface d'un conscient involontaire que l'on se rend compte de l'importance de toute cette masse de vie dans notre vécu actuel, nos décisions et nos angoisses, nos rêves et nos hésitations.

En ce moment... j'ai de très beaux souvenirs...

mardi 13 décembre 2011

Une nuit chez Regina? Pourquoi pas une semaine?

C'est à l'été 1983 que j'ai atteint l'âge fou de 13 ans. C'est également lors de cet été-là que j'ai eu la chance de partir en compagnie de mon père, de ma belle-mère et de ma grande soeur vers l'Europe afin d'y visiter Paris mais aussi quelques jolies villes et passer une journée courte mais mémorable en Espagne.

Au cours de notre descente de Paris vers les Pyrénées, nous nous sommes arrêtés à Arcachon pour y dormir... une nuit.

Je me rappelle que les adultes étaient un peu désespérés puisque le seul hôtel "potable" et vacant en était un à 3 ou 4 étoiles et qu'ils n'avaient pas trop envie de dépenser un prix de fou pour une nuit!!

Mais tant pis!! Hôtel Regina, nous voilà!!!

Très jolie bâtisse, à l'ancienne - parce qu'ancienne -, faisant illusion de l'extérieur... mais c'est une fois à l'intérieur que les mots "ancien", "désuet", "vieux" prenaient tout leur sens...

La réception poussiéreuse, déjà, créait une ambiance à laquelle venait s'ajouter, dans le macabre, les quelques bibliothèques vitrées emplies de vieux livres certainement jamais ouverts depuis 30 ans si l'on en jugeait par l'aspect miteux de l'ensemble ainsi qu'un vaste escalier luxueux... c'était Agatha Christie, Shining... nous étions déplacés, là, dans cette entrée à l'odeur de papier moisi...

La solitude que nous vivions, solidairement, fut interrompue par l'arrivée d'une très vieille dame traînant les pieds, ces derniers chaussés de pantoufles. Vêtue d'un peignoir, cheveux courts et blancs... aucun maquillage... Une pensionnaire de maison de retraite? Non... la propriétaire, ou la réceptionniste, ou la gouvernante? Je ne sais... mais avec une envie de rire mitigée d'une sourde angoisse pleine de curiosité que mon père a inscrit son nom dans le registre. 

La chambre était sinistre... Les plafonds présentaient des traces d'anciens dégâts d'eau, les tissus étaient poussiéreux, usés, surlavés... 

J'ai rarement passé d'aussi mauvaises nuits... Déjà impressionnable par nature, j'étais très touchée par les allures sinistres de l'endroit. Nous étions dans une maison hantée par de solitaires fantômes âgés dont la dame de la réception devait être, bien sûr...

Brrrr!!!

C'est resté un drôle de souvenir...

Et cette semaine, comme par un drôle de hasard, je suis tombée sur un concours permettant de gagner une semaine à la Villa Regina, à Arcachon!!! Les deux bras m'en sont tombés (je ne vous dirai pas avec quoi j'écris), et je me suis amusée à regarder les commentaires!! Certains assez positifs me laissent croire qu'il y a eu changement de proprio, ou héritage des anciens qui étaient bien sur le bord de... mais ceux qui parlent de déco trop ancienne, de maison de retraite me font bien rire!!!! 

Allez-y!! Regardez les photos!!

mardi 6 décembre 2011

Enfance et souvenirs

Depuis petite, la religion n'a jamais fait partie de mon quotidien. J'ai vu ma grand-mère maternelle se parfumes avant de partir pour la messe, j'ai assisté une fois à la messe de minuit parce que des membres de la famille y chantaient et j'ai visité quelques églises durant mes quelques voyages faits avec mon père. J'ai appris l'histoire du christianisme avec la même passion que celle de Louis XIV, de l'empire Romain ou de la civilisation maya. 

Je ne me suis jamais sentie lésée en me disant athée, en me pensant athée; cependant j'ai parfois envié la confiance que donne la foi et qui permet de voir la vie avec peut-être moins de finalité, de se dire que l'on fait partie d'un grand tout et non d'un hasard monstrueux ayant permis à des cellules de muter afin de permettre à l'humanité de se développer.


Il y a maintenant plus de deux mois que mon père est mort... et qu'est-ce que j'aimerais croire qu'il est là-haut à veiller sur ses enfants, sa famille, ceux qu'il aimait!

Mais non... je ne ressens qu'un grand vide à la place de cette rassurante certitude, bien inconsciente que même si je ne le voyais ou ne lui parlais pas souvent, je savais qu'il pensait à moi, à nous, qu'il s'inquiétait de nous. Je savais qu'en cas de gros coup dur, je pourrais compter sur lui, que je pouvais lui confier quelques difficultés, lui annoncer de bonnes nouvelles et qu'il s'en réjouirait.

Mon père n'a pas été très présent dans ma vie. Il avait son boulot, une nouvelle famille, et une difficulté à communiquer qui freinait nos possibilités de discussions.

Ce n'est qu'après mon départ, alors qu'il devenait trop souffrant pour sortir de chez lui et qu'il se mettait à s'abrutir sous les effets de la morphine qu'il a commencé à changer, je crois... et a remis ses priorités en question, ses valeurs... et s'est intéressé aux gens, à ses enfants... et à ma famille.

Mais ce petit peu que nous avions, cette chose rare et précieuse qui nous liait n'existe plus. Ce n'est qu'un souvenir pour moi, mais pas pour lui qui a perdu, selon moi, toute l'essence de son être pour n'être plus qu'une carcasse vide enfouie dans un ridicule cimetière.

Et c'est là que je réalise toute l'ampleur de cette réalité à laquelle je ne me suis jamais attardée auparavant.

Lorsque nous perdons nos parents, nous perdons le souvenir vivant encore dans leur mémoire de nos sourires de bébé, de nos frimousses enfantines. Lorsque ma mère s'en ira, qui se souviendra de tout ça? Je ne serai plus qu'une adulte, une maman, une épouse... une soeur... Mais l'enfant en moi n'existera plus que sur quelques photographies apprises par coeur... et plus jamais quelqu'un ne verra une photo de moi enfant en me disant:


- Je me rappelle de toi à cet âge!! Comme tu étais mignonne!!!


J'ai souvent, avec impatience, écouté pour la millième fois la même histoire, concernant ma grande soeur souvent; comment je coupais les cheveux de ses poupées, ou l'ourson qu'elle avait tant voulu m'apporter pendant ma sieste de nourrisson et qu'elle avait couché devant la porte de ma chambre, toutes ces petites choses qui nous agacent mais qui sont si éphémères au bout du compte, révélant leur valeur inestimable que lorsque ce qui leur insuffle la vie s'éteint pour ne plus revenir.


Alors ouvrez grand vos oreilles... et écoutez toutes ces histoires et anecdotes de vos parents et grand-parents, souvenirs vous concernant... parce qu'un jour, plus personne ne se souviendra de vos premiers pas, de vos morsures, écorchures ou premières dents, de vos premières crises ou sourires, finalement de vous au début de votre existence... et ce jour-là, vous ouvrirez tous les albums qu'inconsciemment vous avez remplis de tous ces moments qui, pris un à un ne sont que banals, mais mis bout à bout constituent une enfance, la vôtre, qui se doit de faire encore partie de vous... même adultes...


Un parent, même imparfait, même insuffisamment présent, est un liant important, un pont entre vous et votre famille... entre vous et votre passé... entre vous et vous...

mardi 29 novembre 2011

J'avoue tout!!!

- Je t'avais dit, maman, que j'avais déjà avalé un sou sans que tu le saches?
- Ah bon??? Et ça fait longtemps?
- Oui!!! Je m'étais caché derrière le rideau...
- Et t'avais fait exprès de l'avaler ou c'était un accident?
- C'était un accident!!!
- Eh ben!! Parce que moi aussi quand j'étais petite j'ai avalé un 10 sous sans faire exprès et je ne l'ai pas dit à mes parents!!! Et t'avais quel âge?
- 4 ans!!
- Quoi!!! Moi aussi j'avais 4 ans!!!


Et pendant que nous en sommes à nous congratuler joyeusement, Jérémie et moi, Elana décide de sauter à l'eau!!


- Moi aussi j'ai mangé des choses... des choses tout mous!! C'était parfois difficile à avaler!!
- Euh... ah bon? et c'était exprès, donc...
- Oui...
- C'était quoi???
- Des pneus de légo...
- C'est pour ça qu'on ne les trouvait plus??
- Oui...


Tout de même, quand ils décident de tout dire... nous sommes surpris!!! Jamais je n'aurais cru ça!!!


Ca leur fera des souvenirs à raconter à leurs enfants!!!

lundi 28 novembre 2011

Rétrospection!!

- Les cadeaux sont déjà là?
- Ca, je ne vous le dis pas!!!!
- Mais mamaaaan!!! On va aller fouiller!!!
- Ah non!!!! J'ai fouillé, moi... et j'ai bien regretté!!
- Comment ça?
- Eh bien... je devais avoir ton âge... et j'avais demandé un jeu... et quand j'ai vu le cadeau portant mon prénom sous le sapin, plusieurs jours avant Noël, j'ai passé des heures à soupeser, secouer, écouter, tâter... et j'ai fini par ouvrir délicatement un coin de l'emballage avant de le refermer... et j'ai su ce que c'était... et à Noël, j'étais bien déçue quand tous les autres s'exclamaient de plaisir en découvrant le contenu de leurs paquets... parce que moi je n'avais plus de surprise!!!
- Et les autres cadeaux? Tu ne les avais pas vus!!!
- Je n'en avais pas d'autres!
- Rien qu'un!!!!
- Oui!!!
- Ah, maman!!! Tu devais faire beaucoup de bêtises!!
- T'as même pas idée!!! Même aujourd'hui... à 41 ans... jour après jour!!!!
- Alors t'auras pas de cadeau?
- Je ne sais pas... on verra... 

samedi 12 novembre 2011

Hiver maudit!!!


A chaque année, lorsque l'hiver se profile à l'horizon et que je me mets à trier, dans le gros sac se trouvant tout l'été à l'intérieur de mon sommier, tous les bonnets, écharpes et mitaines, je rage à l'intérieur!!!


Je me mets à penser aux nombreuses saisons hivernales de mon passé québécois, aux jeux enfantins dans la neige, au foulard durci par la buée gelée contre nos lèvres, à la transpiration sous la grosse tuque jaune orange à pompon... et surtout aux heures passées à s'habiller, se déshabiller, se sécher... Grrrrrrr!!!

Et j'y reviens toujours... à la même chanson, celle-là même que j'avais mise l'an dernier sur mon blog, à la même époque environ... en omettant d'y mettre les paroles...


Je me reprends cette année, comme je le ferai possiblement l'an prochain et le suivant parce que...





J'HAIS L'HIVER


Refrain

J'haïs l'hiver, maudit hiver
Les dents serrées, les mains gercées
Les batteries à terre
J'haïs l'hiver, maudit hiver
Chez nous l'hiver, c'comme le hockey
Y a des finales jusqu'au mois d'mai



- 1 -
L'été, c'est la saison gênée
On ne l'a ja-mais vue passer
Vacances mouillées, rivières polluées
Un jour on gèle, l'lendemain on crève
Les maringouins font jamais d'grève
Pis l'vent entonne l'hymne à l'automne
Pour me rapp'ler - hé hé hé hé - que...


J'haïs l'hiver...



- 2 -
L'automne, c'est beau, mais court à mort
Un beau deux s'maines multicolores
On monte dans l'nord voir le décor
Le temps d'faire Granby - Mont-Laurier
Les feuilles 'taient toutes tombées à terre
L'automne v'nait d'changer en hiver
Pour me rapp'ler - hé hé hé hé - que...


J'haïs l'hiver...



- 3 -
Enfin le printemps nous surprend
Les pieds dans' bouette, la tire au bec
Guéris ta grippe, change tes snow grips
Les verts bourgeons, l'isolation
Oui, mais l'printemps ne dure qu'un mois
Le temps d'dégeler l'été est là
Pour me rapp'ler - hé hé hé hé - que...



J'haïs l'hiver, maudit hiver
Les dents serrées, les mains gercées
Les batteries à terre
J'haïs l'hiver, maudit hiver
Chez nous l'hiver s'rait une horreur
Mais heureusement, oui : y'a Guy Lafleur!


Et j'ajouterais même... ce qui me rappelle avec bonheur ma folle jeunesse et nos subtiles chansons enfantines:

"Doux printemps
Quand reviendras-tu
Faire pousser les feuilles pour que j'me cache le cul!!!!"

Ben oui... c'est comme ça!!! Je déteste l'hiver!!! Mais lui... y s'en fout!!!

mardi 8 novembre 2011

Souvenir d'enfance... les méchants!!!

C'est un souvenir... un de ceux qui, au détour d'un sentier, d'une époque ou d'une enfance, s'accrochent à vos neurones et survivent à l'implacable destruction, par le cerveau, de tout ce qui a peu ou pas d'importance... les petits rien, que l'on oublie vite, les faits qui se répètent et vont rester comme une généralisation, une longue réminiscence qui a été, en réalité, répartie sur plusieurs mois; parfois même des années.

Les souvenirs restent parfois enfouis pendant des lustres et ont l'habitude de ressurgir en entendant parler d'un fait divers, en croisant un regard, une illustration... en humant une fragrance significative pour l'adolescent ou l'enfant que vous avez été...

Je devais avoir entre 6 et 8 ans... j'étais dans une grande ville et j'avais environ 10 mètres à faire pour rejoindre mes parents quand...

... mes pas me font croiser une voiture dans laquelle est assis un INCONNU!!!!! Derrière lui se trouve un bébé, une petite fille... et une jeune femme à côté, sans doute son épouse...

Par terre, juste à côté de la portière, gît une tétine (suce) vraisemblablement jetée là par le bébé et le père est sur le point d'ouvrir afin de ramasser l'objet réclamé à grands cris par son enfant... quand il m'aperçoit!!!

Moi, on m'a avertie de ne pas aller dans la voiture d'inconnus, on m'a expliqué les mille et une façons de kidnapper les enfants... je suis rodée!!!

Il me demande, gentiment, de prendre la suce et de la lui donner... et moi, dans ma petite tête d'enfant, je vois un sourire devenir rictus de méchant de bande dessinée, puis une grosse main velue s'emparer du petit bras secourable que je tends vers la tétine et m'entraîner à l'intérieur de la voiture, en compagnie du bébé braillant qui n'est peut-être pas le leur et qui ne pleure possiblement pas en raison d'une tétine disparue, mais parce qu'il a été enlevé lui aussi... même chose pour la fillette qui reste calme... mais ça ne veut rien dire...

Je les regarde, les yeux grands comme ça... et je ne sais pas quoi faire...

La femme dit: "Elle a peur!" et l'homme, après m'avoir redemandé deux fois, un grand sourire sur le visage, d'obtempérer... finit par comprendre qu'on n'est mieux servi que par soi-même et ouvre sa portière, récupère la tétine que, selon moi, il rejettera par la fenêtre pour attraper un autre enfant qui sera plus naïf que moi, et s'en va...

Je rejoins mes parents avec le sentiment d'avoir échappé à une catastrophe!!!

Aujourd'hui, ça me fait sourire... je me mets à la place de ces gens sans doute très bien intentionnés qui m'ont certainement trouvée exagérément craintive, mais je pense que l'on ne peut jamais trop mettre en garde nos enfants contre "les monsieurs méchants ou les madames méchantes qui se déguisent en monsieurs et madames gentils"!!


Dire que quelques années avant, je demandais à celui qui m'offrait des bonbons s'ils étaient empoisonnés avant de m'en empiffrer goulûment... 


On peut dire que j'ai appris ma leçon!!

dimanche 25 septembre 2011

Et maintenant...

J'ai beaucoup réfléchi...

La dernière semaine a été riche d'enseignement et d'expériences diverses.

Dans mon travail d'infirmière, j'ai vu bon nombre de gens fermer les yeux sur le monde; j'ai vu des familles en pleurs, j'ai préparé les corps, j'ai aidé des mourants à quitter la vie...

J'ai tenu leurs mains, j'ai abaissé leurs paupières, coiffé leurs cheveux... 

... et quand j'ai appris que mon père était bel et bien mort, malgré le fait que l'on m'avait prévenue, que je m'y attendais, que je l'espérais même en pensant à ses souffrances... malgré tout cela et plus encore... le déchirement a été horrible...

Le fait que je ne pouvais pas me rendre à ses obsèques était déjà difficile à accepter, tout comme celui de n'avoir pu être près de lui lors de ses derniers instants; mais ce qui a été le pire, comme si le deuil en lui-même ne suffisait pas, a été la déception, la détresse solitaire qui l'a accompagné.

J'ai donc dû faire face à un second deuil... celui auquel je ne m'attendais pas, mais pas du tout!!!! Et c'est là que j'ai complètement craqué...

Heureusement, au lendemain des obsèques de mon père, après avoir réussi à faire lire la lettre que je lui avais préparée, je me sens beaucoup mieux!! Il y aura encore des moments difficiles, les deuils de cette importance ne se règlent pas en une semaine... mais je vois les choses d'une autre façon.

Mon deuil à moi, mon choc, ma crise... c'est terminé!!!

lundi 19 septembre 2011

Comme un silence...

C'est ce soir, à 68 ans, après des années de douleurs dont personne ne connaissait réellement l'origine, que mon père a cessé de lutter; et c'est entouré de ses enfants et de la moitié de ses petits-enfants qu'il s'est éteint, tout doucement... pendant que sa famille lui faisait ses adieux et que ma grande fille, merci à elle, après avoir déposé une photo de nous près de lui, lui a dit que je l'aimais... comme je le lui avais demandé.

Repose en paix, cher papa... 

Je suis heureuse que tu ne souffres plus... et triste de ne pas avoir été près de toi et avec la famille pour vivre cette épreuve.

Chuuuut...

Aujourd'hui, je ne fais pas grand-chose...

J'attends...

J'attends, en me rongeant les ongles, la tête pleine de souvenirs, l'appel qui m'annoncera le décès d'un de mes proches.

Je commence une tâche, je tâtonne, je traîne... la tête ailleurs...

Il y a des mains que l'on aimerait tenir tout en chuchotant quelques mots d'amour et de réconfort à celui qui rêvait d'une retraite en pleine nature et qui n'a jamais pu en profiter.


Moi, de très, très loin, je pense à lui...

samedi 17 septembre 2011

La crise

Cette semaine, nous avons visionné, grâce à la présence de ma mère, des vidéos datant de l'année 2005.

Bien sûr, la vue de mes petiots rampant ou gambadant sur des jambes incertaines m'arrachaient des larmes d'émotion alors que je contemplais les grands qu'ils étaient devenus... 

... mais la grande présence d'esprit d'Alex ayant pensé à filmer l'une des innombrables crises de Nana m'a fait me réjouir d'être enfin sortie de cette période...

... et a, à ma grande joie vengeresse, fait honte à ma grande fille de 7 ans assistant à cette débauche de hurlements, de coups, de larmes et de transpiration!!!

Jérémie, lui, a toujours été le petit garçon calme et chaud, un petit nounours... et c'est avec un plaisir inavouable qu'il s'est mis à me rappeler, devant la crapaude, les déferlements hystériques de cette dernière!!!!

Si bien qu'Elana m'a demandé de cesser d'en parler... parce que ça lui donne envie de pleurer...

Alors...

- Elana, si tu ne ramasses pas tes affaires, je te raconte les crises de quand tu étais petite!!!
- Ca me dérange pas!!!! Tu peux les raconter...
- Mais...
- ...
- Tu me disais que ça te donnait envie de pleurer!!!
- Oui, c'est vrai, mais comme j'aime bien pleurer, ça me dérange pas...

Et voilà!!!! C'est ça les enfants!!!!! 

lundi 18 juillet 2011

Et le côté sombre...

S'expatrier, c'est partir, le coeur plein d'espoir, le regard tourné vers l'avant puisqu'un simple coup d'oeil en arrière risque de nous amener à remettre en question notre plongée vers un avenir choisi et incertain.

S'expatrier, c'est aussi s'ouvrir à des horizons nouvellement aperçus, s'engager dans une aventure folle, pleine de rebondissements!!!

Et c'est... aussi, malheureusement, vivre loin de ses proches, accepter de ne pas voir ses parents vieillir et de vivre un choc, à chaque rencontre, de voir que l'image que nous gardions en mémoire a pris 5 ans... ou 8 ans... ou 10 ans... 

Ou encore de recevoir de mauvaises nouvelles et de ne pouvoir que rester là, impuissant... que les choses suivront leur cours sans nous... et que notre absence ne changera rien du tout au déroulement des années... que tout continue malgré nous, plus vite ou avec simplement plus d'assurance que nous ne l'avions cru quand nous nous disions que bof... on allait faire avec!!!

Non, je ne regrette pas mon départ, ni ma vie actuelle...

... mais je ne m'attendais pas à ça... 

vendredi 17 juin 2011

Papa et/ou maman

- C., dans ma classe, elle a même pas besoin de faire un cadeau pour la fête des mères!!!
- Ah bon? Et pourquoi?
- Parce que sa mère est morte!!!

Pour Alex, dont le père est décédé quand il avait trois ans, c'est un concept malaisé à comprendre...

Et de voir ses yeux s'emplir de larmes m'émeut profondément...

- Tu sais, Jérémie, moi je n'avais pas besoin de faire de cadeau pour la fête des pères parce que mon père était mort... et même si à l'école je ne le montrais pas, une fois dans mon lit je pleurais souvent, quand personne ne me voyait.
- Ah bon...
- J'entendais les autres raconter leurs vacances avec leur père, ou préparer une surprise pour leur père... et moi ça me faisait de la peine de ne pas pouvoir raconter tout ça!!!

Difficile pour un enfant qui a ses deux parents de s'imaginer, réellement, ce que la vie peut devenir, au fond de soi, quand l'un des deux manque à l'appel...

Je sais que Jérémie va réfléchir à cette discussion, je sais aussi qu'Alex a vécu un moment intense... un bel instant de partage, avec son fils pour lequel il espère tellement être le père qu'il n'a pas eu la chance d'avoir.

Je me rappelle que le jour même où mes parents m'ont annoncé leur séparation, ça me faisait quelque chose à raconter à l'école... tous les enfants me plaignaient, j'étais toute heureuse... avant de le vivre réellement plus tard...

Comme quoi... c'est ce qu'on perd qui prend toute sa valeur!!

mardi 26 avril 2011

L'avenir appartient à...

Petite, je me rappelle de longues heures (ou souvent plutôt quelques minutes qui me paraissaient des heures) passées à attendre, impatiemment, oreilles aux aguets, que quelqu'un marche afin que je puisse me lever... enfin!!!!

Et je guettais... il ou elle sort de la chambre... marche dans le couloir... et se rend aux toilettes... et ferme la porte... 


Suspense!!!! Allait-il ou elle se rendre à la cuisine? Ou retourner au lit?? Auquel cas j'en avais encore pour des lustres, moi, à poireauter dans mon lit... 

Et là... ouiiiiiii!! Il ou elle était à la cuisine, je me levais, discrètement pour ne pas réveiller les dormeurs, et j'arrivais sur la pointe des pieds, faisant sursauter ma mère qui ne s'attendait pas à ce que je sois éveillée à 6:00...

J'ai toujours été comme ça et peut presque compter sur mes doigts mes levers tardifs, c'est-à-dire après 9:00...


Ce matin, les enfants m'ont réveillée à 9:30, à mon grand dam puisque j'aurais pu commencer plus tôt ma journée, me débarrasser de la plupart de mes tâches en avant-midi et sortir avec eux... et là, que je leur dis, j'ai tout manqué!!!! 

Et j'étais là, prenant mon café à table... mangeant mes toasts au beurre de peanuts et à la confiture, repassant mentalement toute la liste de mes obligations d'aujourd'hui...

Je n'ai jamais pu me lever tard... Pour moi c'est rater une partie de la journée, un peu comme quelqu'un qui se réveillerait après une semaine de coma et qui se dirait qu'il aura eu une semaine de moins que les autres, qu'il n'en a pas profité!!!


Une grasse matinée, c'est quand je me réveille à 7:00 et que je reste au lit, à lire en prenant mon café, à savourer langoureusement chaque minute que je passe sans stress... 

Et c'est là que l'on voit l'influence parentale sur les enfants... 

Les parents lève-tard que je connais sont heureux quand, le week-end, les enfants dorment jusqu'à 10 ou 11 heures!! 

Alors que nous - Alex est comme moi et c'est tant mieux - réveillons tout le monde à 8:30!!! C'est assez!!! On se lève!!!! Tout le monde debout!!!!

Aah, comme ils font pitié!!!!


Je demande déjà pardon à mes petits-enfants qui paieront probablement de toutes les frustrations que j'inflige aujourd'hui à leurs parents...

mardi 3 novembre 2009

D'une mère à la précédente

Je pense souvent à toi... et plus le temps passe et plus les enfants grandissent et vieillissent et mûrissent, plus je pense à toi et à la façon dont tu prenais Claude-Anne et Olivier et à ce que ça me faisait, à moi, de te voir et de me dire que c'était comme ça, avec ce regard-là, avec cette douceur-là, que tu me prenais quand j'étais aussi petite que mes propres enfants.

En voyant grandir loin de toi mes petits derniers, je pense à ce qu'ils manquent et à ce que toi tu ne peux voir d'eux et à ce que tu penserais et à ce que tu dirais... et parfois je te trouverais chiante, et je te le ferais peut-être savoir, mais au fond de moi ce serait un réconfort, une sécurité de voir ma mère caresser et aimer ma progéniture à moi.

La distance comme les limites budgétaires ont fait en sorte que nous ne pouvons nous voir de façon régulière et quand je pense que je ne t'ai pas serrée dans mes bras depuis plus de deux ans, ça me déchire à l'intérieur... parce que je sais que t'es là, pas si loin, si facile à joindre par téléphone mais si lointaine quand il s'agit d'un contact réel, d'une joue à embrasser, d'une peau à effleurer...

Oui, j'ai gagné et j'ai perdu... et si le gain est énorme la perte l'est tout autant et ma tristesse est aussi profonde que ma joie.

Tu m'as dit que tu reviendrais une fois... encore une dernière... J'y pense souvent... j'ai hâte de te voir autant que je crains l'après-coup, le moment de se faire nos adieux sans savoir si on se reverra.

J'ai eu besoin de toi petite, puis je me suis détachée pour vivre ma vie... parfois à coups de pieds, parfois en te hurlant des choses que je ne pensais qu'à moitié... puis j'ai eu besoin que tu m'épaules lorsque je suis devenue mère, et maintenant... peut-être parce que je sens que mon rôle d'aujourd'hui évolue et que ce sera bientôt moi qui serai grand-mère... peut-être que je voudrais que tu me passes le flambeau dans les règles...

Tout à l'heure, Alex a préparé du fromage blanc sucré aux petits, le même que sa mère lui faisait quand il était enfant... et lorsque Nana et Mimi ont dit que leur mamie leur en préparait souvent, il a été ému... parce que l'histoire se répète, parce que ses enfants auront ce souvenir en commun avec lui, pour bien des raisons finalement...

... et moi ça m'a fait mal, tout ça... parce que mes enfants n'ont pas la chance de développer cette relation avec ma mère à moi et que je me rends compte que je suis responsable de porter vers eux toute une histoire et des racines qu'ils ne pourront goûter autrement...

Il faut que je raconte, il faut que je leur montre, que je leur dise... et que passent à travers moi les messages que tu leur gardes au fond de toi...

samedi 12 septembre 2009

L'armoire qui faisait tourner le miel

Ma grand-mère maternelle s'appelait Lauréa.

Elle était belle... gentille, elle sentait bon et elle cuisinait la meilleure soupe du monde... que j'ai tant voulu refaire sans jamais y parvenir parce qu'il manque toujours quelque chose... un ingrédient secret, une marque essentielle, un détail insignifiant, je ne sais pas... mais il faut croire que ce mystère est parti avec elle... A chacune de nos visites, nous nous faisions assaillir de sucre à la crème et de pouding au tapioca que nous avalions goulûment pendant que ma mère faisait les gros yeux à la sienne...

Comme nous habitions à 8 heures de route en voiture de chez elle, nous y dormions lors de nos visites et le matin, invariablement, elle me faisait des toasts beurrées sur lesquelles elle mettait du "miel à grand-maman". C'était un miel tout ce qu'il y a de plus ordinaire mais que mes parents n'achetaient pas, un miel crémeux dans un pot en plastique avec une abeille dessinée dessus... Mais ce qui était le plus spécial était qu'elle le sortait d'une armoire d'angle qui, quand elle l'ouvrait, révélait une étagère tournante à laquelle je portais un immense intérêt... en admiration devant son contenu défilant... bon, somme toute assez banal!!!!

Le hasard a voulu que tous ces petits détails restent bien enfouis en moi lorsque mon enfance et mon aïeule se furent envolées... et au moment où nous avons visité l'appartement dans lequel nous habitons aujourd'hui, je me suis amusée à inspecter le mobilier de cuisine et suis tombée sur une armoire qui, sans être identique à celle de mon enfance, tourne de la même façon... un peu moins solide, par contre!

Je ne m'extasie pas devant la rotation de mes plats de plastique, mais lorsque je l'ai vue, tout m'est revenu d'un coup... L'armoire, les toasts, grand-maman et sa voix, et son sourire... et le miel...

Et c'est comme un grand frisson qui me traverse, réminiscence émouvante d'une époque révolue, images de ceux qui n'existent plus que dans les souvenirs des personnes qui les ont connus...

Je pense qu'une bonne fois, juste une fois, je vais m'acheter un petit pot de miel crémeux que je mettrai dans mon armoire... et je ferai à mes enfants des toasts à grand-maman Lauréa... et ils n'y comprendront rien, mais j'aimerais bien qu'ils le retiennent et qu'un jour, ça fasse "tilt", que ça les accroche à leurs racines...

vendredi 26 juin 2009

Qui l'eût cru?

Ce matin, quand Alex m'a annoncé le décès inattendu de Michael Jackson, ma première réaction a été de quasi-satisfaction... Je n'avais plus ni admiration ni compassion pour la bête qu'il était devenue, et ses nombreux démêlés avec justice et médias avaient achevé de me rendre le personnage antipathique.

Pourtant, après quelques minutes, ma pensée revenait vers lui, et ce n'était plus le monstre blanc et grimaçant qui m'apparaissait, mais celui de mon adolescence, le Michael Jackson que j'aimais, que j'avais sur photo sur le mur de ma chambre... Un Michael Jackson encore noir, encore humain, artiste de grand talent, créateur et avant-gardiste, partie incontournable de tout ce qui se fait en musique aujourd'hui.

J'ai entendu parler de lui pour la première fois à l'âge de 12 ans, je me rappelle que les filles de mon âge, à cette époque, avaient des cahiers à spirales, des carnets, des agendas avec Michael en couverture...

Je me souviens de sa veste aux multiples zippers et des nombreux enfants de mon école primaire qui en portaient, de tous ceux qui arboraient fièrement LE jacket de Michael Jackson, noir ou rouge, selon les goûts...

Si je prends un peu plus de recul encore, je regarde cet homme, ce qu'il a été comme ce qu'il est devenu... et je pense que de mourir comme ça d'une crise cardiaque à 50 ans, à l'aube d'une nouvelle tournée, était ce qui pouvait lui arriver de mieux.

Ni réellement enfant ou adulte, ni vraiment homme ou femme, ni noir ni blanc, ce produit de consommation n'avait plus rien d'humain. L'artiste qu'il a été mérite un grand hommage, l'humain une simple larme de commisération.

Mais plus que tout, c'est à mon propre vieillissement que s'attaque cette nouvelle qui m'a prise par surprise... Je me suis rendue compte que Michael Jackson était mort, qu'il avait 50 ans... donc que moi, j'en aurais bientôt 39 et qu'il y avait plus de 20 ans que j'avais entendu prononcer son nom pour la première fois...

Pour beaucoup, ce fut un grand coup... parce qu'il a accompagné l'adolescence d'un grand nombre de personnes... et que sa disparition est très symbolique pour celles qu'il a "vu" grandir!

Le pantin est mort, l'artiste est encore là!

dimanche 3 mai 2009

Rivière et grand-mère

Il y avait cette rivière qui traversait la ville d'Amos; une rivière qui n'avait que peu de charme à mes yeux d'enfant, puisqu'on racontait qu'elle n'avait pas de fond, et que si l'on y tombait on était irrémédiablement attiré vers ses profondeurs abyssales peuplées de monstres tous plus horribles les uns que les autres...

Sur le pont qui la chevauchait, je me suis souvent arrêtée afin de contempler ces eaux boueuses, ces remous brunâtres, cette démonstration de puissance effrayante dont la fausse somnolence hivernale a emporté plus d'un être humain dans la mort...

C'était la rivière Harricana qui serpentait à travers l'Abitibi, arrosant les villages bâtis sur ses rives, voie d'eau navigable principale du nord-ouest québécois, impressionnante autant par ses menaces que par ses largesses.

Ma grand-mère habitait une maison tout près de cette grande rivière, juste à côté d'une résidence pour personnes âgées, le Foyer Saint-Joseph.

Au rez-de-chaussée de chez elle se trouvaient les pièces à vivre, la chambre de grand-maman et celle de grand-papa. Personne ne couchait plus en haut depuis le départ du dernier des enfants, et pour moi c'était un petit monde caché, comme dans les films que je regardais, les histoires qui me fascinaient, peuplées de fantômes d'enfants apparaissant dans de vieilles maisons, ou de mystères irrésolus que des fillettes de mon âge mettaient au jour...

Puis j'y ai trouvé une allumette en bois posée sur un bureau... je devais avoir 5 ou 6 ans... La prenant dans ma main, j'ai eu l'idée de la frotter sur le bois, doucement... en me disant que ça ne l'allumerait pas... mais en ayant un frisson délicieux de crainte enfantine qui devint terreur lorsqu'une flamme se forma dans un grésillement sulfureux...

De peur, je la lançai et m'enfuis dans l'escalier, non sans un dernier regard vers l'allumette retombée sur le lit... une petite flamme toujours dansant à son extrémité... et j'attendis de longues minutes, de longues, longues minutes que de la fumée apparaisse, que des flammes se fassent entendre, qu'une lueur attire quelqu'un vers le premier étage, quelqu'un qui redescendrait en hurlant "Au feu!"... avant d'y retourner et de constater que si elle était encore au même endroit, elle avait fini par s'éteindre d'elle-même sans provoquer la moindre panique.

Quelques heures, quelques semaines ou quelques années plus tard, je ne sais plus, quand le Foyer Saint-Joseph disparut dans un immense brasier, je me sentis bizarrement un peu coupable... sans raison logique!

Chez grand-maman, il y avait une chute à linge, c'est-à-dire un tunnel vertical prenant naissance dans une armoire de la salle de bain et descendant au sous-sol, juste à côté de la laveuse... ce qui permettait de lancer ses vêtements souillés dans le trou au lieu de descendre les porter à chaque soir...

Ma cousine Sarah et moi avions l'habitude de descendre par la chute à linge jusqu'au sous-sol, ce qui nous plaisait bien... et faisait le malheur de grand-maman qui nous disputait tant bien que mal lorsqu'elle nous prenait en flagrant délit... ce qui ne donnait rien, bien naturellement!!

Qu'est-ce que ça pouvait bien faire? On ne pouvait pas se faire mal, franchement!!! Ah, les grand-mères!! Toujours inquiètes!!!

Ce n'est que plus vieille que j'ai réalisé que cette chère dame avait certainement peu de crainte pour notre intégrité physique... en fait, je pense que ça l'écoeurait un peu de nous voir marcher allègrement dans les vêtements sales de nos grand-parents!!!

Il était facile de descendre, un peu moins de remonter... et lorsque la croissance nous fit prendre des formes, nous finîmes par cesser... au risque de rester coincées... Il faut dire qu'à ce moment-là, le but était principalement devenu d'agacer notre aïeule...

Quelques souvenirs notés au fil du temps... pour mes enfants... sachez que votre arrière-grand-mère avait une chute à linge qui a fait le bonheur de votre maman... et que la rivière Harricana l'impressionnait... par sa puissance autant que ses énigmes.